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1914 : L’évacuation de BETHINCOURT

22/09/2015
1914 : L’évacuation de BETHINCOURT

HISTOIRE D’UN EXODE (suite )

Recherche effectuée par Jean-Marie GOBERT aux archives départementales des Alpes Maritimes

« Après avoir dépouillé de nouveaux documents, et les avoir croisés avec ceux que nous possédions déjà, un récit plus précis de ce que la population a vécu entre la fin du mois d’août et le 10 septembre 1914 devient possible.

Les documents que nous avons pu consulter se trouvent aux Archives départementales de Nice, dans la série R, en particulier le dossier 10 R 0198. Il s’agit de deux rédactions rédigées dans le cadre d’un concours scolaire organisé pour les réfugiés lorrains. Par chance pour nous, les copies de deux candidates, Suzanne Gérard et Anna Périn, l’une et l’autre originaire de Béthincourt, nous donnent un récit de ce qu’elles ont vécu. Par recoupement avec d’autres documents, nous pouvons affirmer que le départ de la population s’est fait en deux temps.

Le premier reste impossible à dater, parce qu’il n’a pas été imposé par une autorité allemande ou française, et n’a donc pas laissé de traces documentaires publiques. Les bombardements de part et d’autre de la Meuse, l’approche des troupes ennemies, le passage de populations qui fuyaient des combats plus au Nord ont dû transformer les peurs des habitants en une panique bien compréhensible. Des habitants de Béthincourt se mettent à fuir eux aussi, en emportant tout ce qu’ils parviennent à prendre, car ils n’ont pas l’intention d’aller bien loin, mais seulement de se mettre en retrait de la zone des combats, dans des communes voisines ou presque. Après ce premier départ, le bruit court parmi ces personnes dispersées que Béthincourt n’est en fin de compte pas occupé par l’armée allemande, et la population revient.

 

Très peu de temps après, les habitants subissent des bombardements, puis l’armée allemande occupe le bourg et cohabite quelques jours avec la population, tout en prenant le maire en otage. Enfin, le jeudi 10 septembre au matin, sous la pluie, toute la population est sommée, sous peine d’être fusillée, de sortir de chez elle sans emporter quoi que ce soit, puis rassemblée sur la place de nos coqs pour y être fouillée, avant d’être expulsée du village. Le maire, Edouard Thiébaux, pourra se rendre à Verdun auprès des autorités militaires françaises, qui feront acheminer, le lendemain, des wagons à bestiaux jusqu’à Thierville sur Meuse, pour transporter la population. Tous les expulsés ont dû aller jusqu’à Verdun, car les Allemands se méfiaient des civils et ne voulaient pas qu’ils restent sur les terres de combat. Sans doute certains ont-ils pu faire le choix, une fois parvenus en gare de Verdun, de descendre de ce convoi ferroviaire dont ils ignoraient la destination, comme cela est évoqué dans les textes de Suzanne Gérard et Anna Périn. Car certains reviendront encore au village pour y demeurer jusqu’à ce que  Béthincourt se retrouve à la limite du front.

Le convoi ferroviaire est donc parti   de Verdun le 11 septembre et est arrivé en gare de Nice le dimanche 13 à 23h. Il a transporté, selon le recensement des évacués effectué pour l’essentiel à l’hôtel Terminus de Nice le 14 septembre, 150 personnes, soit 40% de la population totale avant la mobilisation. D’autres habitants, nous le savons, se sont retrouvés en Charente-Maritime (appelée alors Charente Inférieure, à Saujon ou Brizambourg en particulier), dans les Bouches-du-Rhône, en région Parisienne, mais nous n’avons pas, jusqu’ici, trouvé de documents permettant d’avancer dans la connaissance de l’histoire de ces personnes là.

Nous mettons en ligne la liste des évacués, telle qu’elle a été dressée à Nice, le 14 septembre. Nous avons procédé par recoupements, car des listes complémentaires ont été établies, dans les jours qui ont suivi, comportant parfois des doublons. Figurent sur cette liste les noms et prénoms. Lorsqu’il s’agit d’une femme mariée, très souvent son prénom n’est pas indiqué ! Puis nous avons l’âge, la profession, la commune dans laquelle la personne a été logée, le cas échéant – car certains sont restés dans une chambre d’hôtel, c’est le cas de la famille Périn, par exemple. L’hôtel dans lequel les réfugiés ont passé au moins la nuit du 13 est indiquée par les abréviations HT (hôtel terminus), HM (hôtel Métropole), HV (hôtel de Venise), HTs (hôtel Tsarévich), GS (garage Shneider). »

 

1 .   Texte de la rédaction de Anna PERIN

3. Liste des réfugiés de BETHINCOURT recensés dans les Alpes Maritimes dès septembre 2014

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